Un moteur de recherche français indépendant, face aux enjeux de vie privée et de liberté individuelle

Mardi 4 février 2020, le rendez-vous était donné chez QWANT, une pépite numérique française. Un moteur de recherche indépendant au cœur d’un marché des données personnelles, comme piliers des modèles d’affaires du secteur. Dans les locaux situés dans un immeuble de la rue Spontini dans le 16ème arrondissement de Paris, le directeur général nous recevait pour une conférence-débat. Au menu : données, vie privée, souveraineté et évidemment, une présentation de l’alternative au géant américain.

Au 1er étage du bâtiment, un peu après 18h, une assistance composite arrive au compte-gouttes. PDG, directeurs informatiques, financiers, membres de directions d’administration : tous se retrouvent pour échanger, discuter, réseauter. Ils sont près d’une quinzaine à avoir répondu à l’invitation d’Acadys et de son partenaire Best Practices. La salle, dressée de manière conviviale avec quelques bancs confortables et un buffet qui promet de faire vaciller les papilles donnent le ton du décor. Place au premier Rendez-vous en Terre numérique de la décennie.

Crédit photo : Y.V. pour Acadys

Parcours d’un engagement au service du numérique

Sur un ton franc et sympathique, Tristan Nitot revient à bâtons rompus sur son parcours. L’adolescent qui a appris à coder en autodidacte dès l’âge de 14 ans, est un mordu d’informatique. Il fait ses armes chez Netscape – où il passe près de 17 ans, soit près d’un tiers de sa vie professionnelle. Il rêve de changement.

Netscape, c’est la première start-up web américaine, fondée en 1994. Embauché par la suite chez Mozilla, il fait également un passage remarqué chez cozy.io, une entreprise française. Mais on retient de lui un engagement véritable dans des organisations publiques en faveur de l’éthique et du Web : Conseil national du Numérique, la CNIL (Commission nationale de l’informatique et des libertés) et la toute jeune structure du Comité national de l’éthique.

Crédit photo : P.R (Best Practices)

A la genèse du Web…

Un retour dans le temps a permis aux participants de (re)découvrir les origines du Web. Tim Berneys-Lee est reconnu comme l’inventeur du Web au tout début des années 1990. C’est un chercheur qui avait en tête un objectif : créer une solution d’open-source pour que les scientifiques puissent publier et accéder à l’information, pour faire avancer leur recherche plus rapidement.

Tristan Nitot est résolument un fervent défenseur de l’éducation au numérique. Exposant tour à tour aux participants les modalités de récupération des données personnelles par les géants américains.

Selon Edward Snowden, lanceur d’alerte, cette centralisation des données « rend économiquement possible la surveillance de masse. »  Pour Glenn Greenwald, qui a contribué à publier les révélations d’Edward Snowden, « quand nous sommes surveillés, écoutés, notre comportement change du tout au tout. […] Une société dans laquelle les gens peuvent être surveillés à tout moment est une société qui pousse à la conformité, l’obéissance et la soumission, et c’est pourquoi tous les dictateurs recherchent un tel système. » Tristan Nitot affirme ainsi que la surveillance provoque l’auto-censure, ce que l’on appelle le chilling effect qui démontre qu’après les révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage des citoyens américains par la NSA, la consultation des pages Wikipedia pour s’informer sur le terrorisme s’est effondrée.

Des interrogations difficiles mais bien fondées

Après un rappel d’une vérité, bien que lieu commun sur le fait que nous soyons dans une société régie par un « capitalisme de surveillance », des questions ouvertes.

Mieux qu’une diatribe bien-pensante contre les collecteurs de données, qui reste surtout la majeure des modèles commerciaux du Web, cette conférence a donné le ton à une réflexion. Une question notamment, délicate mais pleine de sens autour de la souveraineté :

« Faut-il se résigner face au capitalisme de surveillance ?  Veut-on que la France soit une colonie numérique des Etats-Unis ou de la Chine », s’interroge Tristan Nitot, qui répond : « Non, il n’y a pas de fatalité. ». C’est d’ailleurs l’ambition de Qwant de contribuer à le démontrer…

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